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09-09-06

FNaire

FnaireElu meilleur groupe du Boulevard des Jeunes Musiciens en 2004, Fnaïre allie mélodies traditionnelles marocaines et beat-rap dans un mélange détonnant. Découverte.

Achraf, membre du groupe Fnaïre, est un vrai Marrakchi. Signe qui ne trompe pas, il vous fixe rendez-vous à 19h30 dans le nouveau quartier classe moyenne de Badiî, une fois passé la grosse chaleur de l'après-midi. Achraf débarque, fin et élancé. Il sort à peine du magasin de musique où il travaille. Il annonce la couleur juste par son look. Achraf est vêtu d'un antique maillot de basket frappé du nom de Scottie Pippen, joueur des Chicago Bulls de la grande époque 80's.

C'est qu'Achraf, à l'instar des 3 autres membres de Fnaïre, baigne dans la culture rap depuis son enfance : "Cela fait des années que j'ai ce maillot. Il n'y a pas à dire, les Américains font de la qualité". Achraf salue le photographe venu les shooter. Ils se sont connus à l'Institut français où Achraf traînait ses guêtres à l'époque où il faisait du rap underground au sein de DNR avec Khalifa, un autre futur membre de Fnaïre.

C'est aussi à l'Institut français que Mohcine, un des quatre larrons, a fait ses premiers pas dans le hip hop au sein de Maghrap. Mohcine rencontre Achraf et Khalifa lors d'une compétition de rap en 2000. DNR y remporte le prix du meilleur groupe et Maghrap celui de la meilleure troupe de hip hop. "On avait tous les trois le même désir de faire du rap purement marocain" expliquent-il en chœur.

Mohcine, Achraf et Khalifa sont bientôt rejoints par Khalid alias DJ Van. Lors d'un battle à Marrakech, ce dernier les accompagne aux platines, apprécie leur travail et se lance avec eux dans l'aventure. La bande des 4, désormais au complet, travaille un an à composer et arranger leurs premiers morceaux, sans même encore avoir choisi de nom de groupe. Il leur sera inspiré par le magasin d'artisanat où Khalifa travaille, un soir de ramadan où ils étaient réunis dans son échoppe de la médina à tuer le temps, entourés de lampes colorées : les fameux fnaïrs marrakchis. Le nom colle parfaitement à leur ambition artistique : faire du rap "taqlidi" qui mélangerait le patrimoine musical marocain aux beats rap.

Les premiers succès
Fnaïre se coltine avec le public pour la première fois lors d'une série de concerts en 2002 au profit de l'Association de lutte contre le sida sur la place Jemaâ El Fna. L'ambiance y est plutôt folklorique : "On jouait au milieu des fumées de grillades. On ne savait pas qui était là pour nous écouter et qui était venu manger" raconte Mohcine.

Lors de ce même concert, ils dédient sur scène un morceau à leur ami Anas décédé : "Mohcine avait les larmes aux yeux en chantant. Le lendemain, plusieurs restaurateurs de Jemaâ El Fna nous présentaient leurs condoléances. C'était franchement un concert très spécial", se souvient en souriant Achraf. Ils jouent aussi pour la première fois "Bahjaoua", qui deviendra le titre phare de leur premier album.

A la direction du studio d'enregistrement du groupe, Achraf croit reconnaître le père de Mohcine : "C'est notre premier fan. C'est lui qui nous a aidés et soutenus à nos tout débuts". Il n'y a jamais eu de clash de générations entre les membres de Fnaïre et leurs parents. Il faut dire que les quatre membres sont le portrait robot du fils rêvé : ils ne fument pas, ne boivent pas et ne se droguent pas. Une image d'artistes propres sur eux que renforcent les déclarations de Khalifa : "On veut faire du rap qui dit des choses sérieuses et que l'on peut écouter en famille".

Assis aux manettes de son studio de production, Mohcine en rajoute une couche. Sous ses dehors de garçon posé et discret, il n'hésite pas à aller à contre-courant de l'opinion générale qui a crié au génie en écoutant "Messaoud" de Awd Llil, rappeur marocain à l'identité inconnue, et dont les morceaux ont atteri sur la scène via Internet.

Rappelons d'ailleurs qu'une bonne partie de la communauté de rappeurs repproche à Raw Daw la vulgarité de ses textes. Un avis partagé par les Fnaïre : "Son succès a plutôt desservi le rap en donnant une image négative du genre". C'est dans ce petit local équipé qu'ils ont auto-produit leur dernier album. "S'auto-produire n'est pas une difficulté en soi.

Acheter le matériel d'enregistrement nous est revenu à peine à 50.000 dirhams. C'est davantage la distribution qui pose problème. Ainsi, on a écoulé à peine 1000 exemplaires de notre premier album" explique Mohcine. Le piratage y est pour beaucoup, puisque "Bahjoua" était disponible sur le marché parallèle 6 mois avant la sortie de leur premier opus. "Le piratage t'aide à devenir célèbre" déclare Mohcine. "Mais, il t'aide aussi à rester pauvre" complète Achraf dans la foulée.

"Beaucoup de jeunes s'imaginent qu'on a un jacuzzi en guise de salle de bains ou qu'on roule en grosse voiture" rajoute ce dernier. Cette image de groupe "labass aâlih" est née suite au succès de "Mchicha" qui a fait d'eux un phénomène "à l'insu de leur plein gré" comme diraient les guignols. "Nous avions composé ce morceau un soir où nous n'avions rien à faire, juste pour déconner. à cette époque, nous fumions encore la chicha, on s'est mis à délirer sur les objets présents dans l'appartement : un bout de chocolat, une chicha, etc." raconte Mohcine.

Un dj de passage tombe sur cet inventaire à la Boris Vian d'un modeste intérieur marocain. Il diffuse le morceau au club de vacances de la Banque Populaire où se réunissent de nombreux jeunes Marrakchis. D'un posage désœuvré, le dj fait un succès populaire : "Ce dernier m'appelle un jour en me disant que les jeunes lui réclament sans arrêt "Mchicha". Quelle Mchicha lui ai-je répondu ? Le public avait déformé le mot chicha et avait renommé le titre" explique Mohcine.

Fnaïre avait oublié jusqu'à l'existence de ce morceau qu'ils avaient d'ailleurs effacé de leur ordinateur. Mohcine se pointe cependant au club de la Banque populaire à l'invitation du dj. "Alors que je ne m'y attendais pas, le DJ m'annonce au public. J'ai été pris de court, j'étais occupé à installer des câbles". Mohcine, qui n'avait qu'un vague souvenir des paroles, ne se démonte pas et demande aux gens de chanter avec lui. Le public connaît le morceau par cœur. Fnaïre est dépassé par les évènements. "Mchicha" est bientôt en vente à Derb Ghallef, il est connu des Casaouis, on l'écoute même dans des restaurants marocains de Paris.

La reconnaissance
Le succès de "Mchicha" leur colle l'image d'un groupe rap commercial auprès de la scène casablancaise : "En arrivant au Boulevard des Jeunes Musiciens en 2004, nous étions inquiets. Des amis casablancais nous avaient expliqué que nous avions la réputation d'être un groupe pour jeunes filles auprès des puristes du rap".

Sur scène, ils dévoilent leurs autres morceaux, le public est conquis par leur originalité. Débarqués avec un petit complexe de provinciaux montés à la capitale, ils repartent auréolés du titre de meilleur groupe marocain. Aujourd'hui, ils ne renient pas "Mchicha", mais ne veulent pas que ce succès masque leurs recherches musicales en cours.

Fnaïre a notamment participé à l'album la Kahena de Cheb i Sabbah. Le morceau enregistré avec Bn'at Marrakech retranscrit d'ailleurs bien leur esprit, entre tradition et modernité, sans l'aspect éculé de l'expression. Fnaïre recroise le Cheb à Essaouira en 2005. Le DJ les invite à jouer avec lui sur la place Moulay Hassan, après quelques prestations communes sur la scène electro en front de plage. "Cheb nous avait dégoté des pass. Les organisateurs, Neïla Tazi en tête, se demandaient inquiets, ce qu'on foutait là, car nous n'étions pas prévus au programme". L'accueil enthousiaste du public a donné raison à l'improvisation du Cheb. Suite des aventures de Fnaïre bientôt, leur nouvel opus est en boîte. Sortie prévue sous peu

Posté par street1life à 18:47 - groups de rap marocain - Commentaires [0] - Permalien [#]

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